La transformation du marché du rosé

Le vin rosé, ou « le rosé » tout court, ne possède pas de définition satisfaisante malgré de longs débats menés par les instances régulatrices. D’ailleurs, uniquement le « vin » est clairement défini. On ne parle pas de couleur, que le vin soit blanc, rouge ou rosé. Néanmoins, on pourrait distinguer le blanc du rouge par le cycle de vinification. Un vin blanc est obtenu par un pressurage direct, alors que le vin rouge n’est obtenu que suite à un pressurage après un contact plus ou moins long avec les peaux des baies de raisins. C’est ce contact qui donne la couleur – mais aussi le tannin – au vin.

PRODUIRE UN ROSE

Les raisins sont foulés, le jus est récupéré et versé en amphores

Beaucoup pensent que le rosé est un assemblage d’un vin rouge avec un vin blanc. Il n’en est rien, du moins en Europe. Une seule appellation seulement autorise se procédé: la Champagne. Le vin rosé peut être décrit comme le produit issu de la fermentation alcoolique d’un moût obtenu par une macération pelliculaire préfermentaire maîtrisée de raisins noirs (à jus blanc). La différence avec le vin rouge réside dans le mot préfermentaire. Pour le vin rouge, le contact pelliculaire est prolongé durant la fermentation alcoolique.

Un ouvrage récent, Traîté d’oenologie, écrit par le Prof. Denis Dubourdieu en 1998, cite « Bien qu’il s’agisse probablement du plus vieux vin de l’histoire, les rosés étaient jusqu’à une époque récente perçus comme « des vins fruités, de structure légère et qui se boivent frais […] il n’en reste pas moins vrai qu’ils ne sont pas de grande classe […] on ne leur apporte pas toujours les soins nécessaires […] surtout on leur réserve rarement les meilleures vendanges […] ce type de vinification peut être recommandé pour éviter certains défauts des raisins noirs manquant de maturité, atteints de pourriture, possédant une saveur désagréable […] ou pour obtenir un vin rouge plus concentré. »

C’est dire le peu de cas que l’on faisait du rosé… si ce n’est le consommateur qui a progressivement obligé l’oenologue de réviser cette perception et de réaliser des vins fruités et équilibrés, de maîtriser leur couleur et surtout d’être régulier d’un millésime à l’autre.

LE CONSOMMATEUR A LA RESCOUSSE DU ROSE

Car en effet, si la consommation globale de vin n’a pas évolué depuis 2002, celle du rosé a augmenté de 32% depuis 2002 jusqu’en 2016. La progression dans certains est réellement significative. Par exemple, en France, 32% des vins tranquilles consommés sont des rosés. Détail marquant, alors que la France est le premier producteur mondial de rosés, elle n’en produit pas assez pour satisfaire la consommation locale. En Belgique, les rosés prennent 19% d’un marché en plein essor.

UNE PRODUCTION PLUS TENDUE

On remarque néanmoins un marché plus tendu pour les rosés. Les plus grands producteurs limitent leur production, voire sortent de certains segments. De nouveaux pays interviennent, souvent dans le bas de gamme. Ainsi, il n’est pas rare de rencontrer des rendements obtenus pour la production de rosés en Afrique du Sud de l’ordre de 115 à 200 Hl / Ha. Des chiffres énormes. Pour mettre en perspective, un vin de qualité AOP ne dépasse jamais des rendements de 55 à 60 Hl / Ha.

Avec la venue de ces nouveaux intervenants, les échanges entre pays s’intensifient. Ainsi, la France, grande productrice et consommatrice (25% du marché mondial) est aussi grand exportatrice et grand importatrice de rosés. Mais là où elle importe aussi des bas de gamme, elle exporte plutôt des vins rosés haut de gamme. Qui ne connaît pas les appellations de rosés en France qu’ils soient produits en Provence, Rhône ou Loire? Ces appellations sont fort en vogue grâce à la production de rosés pâles. Ainsi, le bilan des échanges est nettement positif.

PENURIE DE ROSE?

Au final, une consommation en plein essor, une production tendue et un manque de stocks (les producteurs essaient de liquider leur production en-déans l’année) nous mettent devant un marché qui supporte mal les chocs climatiques. Une météo 2017 ne favorisant pas une vendange quantitative, la Provence a par exemple perdu 12% de sa production. Pourtant, une enquête menée par « Le Point » permet d’affirmer que cet été encore, nous n’aurons pas soif de rosés 🙂

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