La grêle dans la vigne

L’orage de grêle est un des risques météorologiques majeurs pour la vigne. Malheureusement, il s’agit aussi du risque contre lequel le vigneron ne sait que très difficilement se protéger. D’une part parce que de tels orages sont difficiles à prévoir et d’autre part par leur nature très violente. Analysons le phénomène, ses conséquences et la prévention.

Comment se forme la grêle ?

Le cumulonimbus, reconnaissable par sa forme en enclume

La condition première à l’apparition de grêlons est la présence de quantité importante d’eau liquide en surfusion. Cela signifie que l’eau reste liquide malgré que sa température soit en-dessous de 0°C. Nous retrouvons ce phénomène dans les nuages de type cumulonimbus qui développe des puissants mouvements verticaux allant jusque dans la troposphère (10 à 13km d’altitude). Les courants ascendants sont compensés par des mouvements descendants. L’eau, prisonnière des courants ascendants rentre dans un état de surfusion. Ensuite, prise dans le mouvement descendant, elle solidifiera au contact des gouttelettes situées dans les régions plus basses du nuage. C’est la formation des grêlons. Plus le nuage est puissant, plus gros seront les grêlons. Les plus gros subissent plusieurs mouvements ascendants et descendants, solidifiant de plus en plus d’eau.

Quelques chiffres pour expliquer la puissance qui va de pair avec ce phénomène? Un gros cumulonimbus aspire en moyenne jusqu’à 700 000 tonnes d’air par seconde ! Il peut condenser environ 7600 tonnes de vapeur d’eau. Cette condensation libère de l’énergie… environ 19 millions de mégawatts, soit l’équivalent de 4 à 5 fois la puissance de toutes les centrales électriques dans le monde. Quelle que soit la taille de son avion, aucun pilote ne rentre de son plein gré de ces monstres.

Comment se prémunir contre la grêle?

La première étape consiste à reconnaître le risque d’orage. En général le cumulonimbus est facilement identifiable: sa forme en enclume le trahit facilement. Mais là déjà il est trop tard. Sa course est trop rapide que pour prendre des mesures aptes à mitiger le risque de grêle. Seul point lumineux, la superficie du bas du nuage n’est pas très étendue et un orage reste ainsi assez localisé, jusqu’à parfois ravager une vigne et épargner celle du voisin…

Alors, comment limiter les dégâts?

Les canons anti-grêle génèrent des ondes de choc. Ils sont composés d’une chambre d’explosion et d’un diffuseur conique. Ils empêchent le grossissement des embryons grêleux en cristallisant la couche externe des grêlons constituée d’eau surfondue, et en les empêchant ainsi de s’agglomérer. Ces canons fonctionnent grâce à un mélange de gaz explosif (acétylène ou butane) avec de l’air. Ce type de protection n’étant pas ou peu efficace sur des grêlons déjà formés, il doit être déclenché suffisamment tôt, 5 à 20 minutes avant la chute des premiers grêlons. La réussite effective d’une telle opération est, au final, soumise à de trop nombreux aleas pour être considérée comme vraiment fiable.

Les techniques d’ensemencements ne sont guère plus prometteuses. En projetant de l’iodure d’argent dans le nuage, les embryons grêleux sont multipliés afin d’éviter qu’ils atteignent une taille trop importante et donc d’acquérir une forte inertie pendant leur chute. Le but est d’obtenir de grêlons plus petits, mais plus nombreux. Leur inertie étant plus faible, l’idée est que de tels orages soient moins destructeurs.

Le filet semble être le moyen le plus efficace

Le filet paragrêle forme un système de protection plus fiable. Il est aussi l’unique moyen de protection reconnu par les compagnies d’assurance en France. Le coût d’installation est élevé – à peu près 15000 EUR l’hectare – et l’utilisation fastidieuse. Ce système a vu le jour dans le vignoble argentin pour protéger les vignes des granizos (grêlons). En effet, l’Argentine est le pays au monde le plus touché par les orages de grêle. Ils détruisent chaque année en moyenne 20% de la récolte.

Enfin, l’assurance n’est pas une protection mais elle permet de limiter l’incidence économique d’un épisode dévastateur. La franchise est déduite du montant total des pertes de récolte en cas de sinistre. Pour les viticulteurs situés dans des régions fréquemment touchées par la grêle, l’assureur peut refuser le renouvellement de la police d’assurance.

Après la grêle…

L’épisode passé, il est temps de mesures les dégâts et d’apporter les soins nécessaires à la vigne. Si l’orage a eu lieu suffisamment tôt dans le cycle végétatif et qu’il n’a pas été trop destructeur, une retaille est envisageable. Bien entendu, le cycle végétatif ne pourra que très difficilement terminer favorablement. Souvent, le vigneron laissera tomber plusieures grappes afin de favoriser la maturation des grappes laissées sur le pied de vigne.

Mais même si la récolte est entièrement perdue, une retaille peut s’imposer afin de permettre une taille hivernale plus ou moins normale. Dans ce cas, le vigneron prépare déjà le cycle végétatif du prochain millésime. C’est une opération manuelle couteuse qu’une récolte inexistante ne remboursera pas. Le vigneron se sent à ces moments très solitaire…

La vigne doit aussi être traitée afin d’empêcher le développement du Rot-Blanc, un champignon parasite présent sur le sol. Les spores de ce champignon peuvent être projetées par les éclaboussures de la grêle sur des blessures de raisins. Les spores germent et produisent un champignon qui envahit la baie et les baies voisines par le canal de leur pédoncule. La grappe entière finit par sécher et les grains momifiés sont recouverts de pustules blanches. Enfin, la vigne est aussi très fragilisée par rapport aux maladies classiques que sont le mildiou et l’oïdium.

Enfin, en cas de températures hivernales exceptionnellement basses et durables, il peut arriver que certaines souches ne redémarrent pas. Cette situation s’explique par une repousse tardive de la végétation, épuisant les réserves des souches. Le cycle végétatif trop court n’a alors pas permis de reconstituer les réserves avant l’automne.

En conclusion

La grêle est toujours destructrice pour la vigne. Malheureusement, il n’existe que peu de moyens pour mitiger le risque. Le filet semble être prometteur mais à 15.000 EUR l’hectare il est onéreux. Après l’épisode de grêle, le vigneron est confronté à un travail de Sisyfe pour seul but que de protéger la vigne contre les maladies et de recréer assez de réserves pour permettre au cep de passer le prochain hiver. La récolte quant à elle, est souvent perdue.

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