L’art sur le vin

L’art et le vin sont souvent cités ensemble. On ne devrait pas s’en étonner: les deux créent leurs oeuvres sur base d’un mélange plus ou moins équilibré d’émotions, technique et matières premières.

INVESTIR DANS LE VIN

L’art et le vin ont par exemple trouvé le même engouement auprès des investisseurs qui aiment bien diversifier leur portefeuille. Outre les instruments classiques tels le compte à terme, les obligations et les actions, ils cherchent de nouvelles pistes tels que voitures, pierre précieuses, le vin et l’art.

Le vin comme instrument d’investissement a réellement connu de l’intérêt depuis la création de la bourse Liv-Ex, qui ne gère que les transactions de bouteilles de vin. Vous y trouvez tous les jours les nouvelles quotations des bouteilles les plus prisées. Car malgré la nature du produit, le marché n’est pas très liquide. Liv-Ex a permis de palier à cet inconvénient, ce qui a permis de mieux structurer le marché mais aussi de créer de nouveaux instruments tels les fonds qui investissent directement dans des bouteilles de vin. J’y reviendrai dans un article ultérieur.

L’ART SUR LE VIN

La symbiose entre l’art et le vin est parfois plus tangible. Par exemple quand l’art s’exprime sur la bouteille de vin.

LE CAS MOUTON ROTHSCHILD

AEtiquette Mouton Rothschild 1945vez-vous déjà bien observé les étiquettes de Mouton Rothschild? Un artiste reçoit l’honneur de parer la partie supérieure de l’étiquette par une de ses oeuvres le temps d’un millésime. La maison offre ainsi leur chance tant aux artistes moins connus qu’aux pointures internationales. La seule règle étant qu’un artiste n’orne pas plus d’un millésime. Le premier a l’honneur est Philippe Julain. Nous sommes en 1945, l’année que le monde a vaincu l’Allemagne nazie. Le V de Victoire fut tout naturellement le thème de l’oeuvre.

Les motifs du Baron de Rothschild n’étaient pas uniquement artistiques. En passant la liste des artistes en revue, on remarque aussi des artistes internationaux grâce auxquels la symbiose entre vin et art permet ou stimule l’ouverture de certains marchés.

Euterpia et Keith Haring

Keith Haring EuterpiaKeith Haring passait l’été 1987 en Belgique, plus précisément à Anvers et à Knokke où il fut invité par le collectionneur Roger Nellens. Il se sentait bien ici: il était « le pote » qui fait des dessins. D’autre part, les Belges respectaient son intimité. Haring est venu sans peinture, ni pinceaux, ni oeuvres… il avait 12 jours pour créer une nouvelle collection, dont une fresque dans le casino de Knokke. Il peignait véritablement partout, jusqu’à peindre aussi une des faces du conteneur du Beach Club.

Haring allait souvent dîner avec Emmy Tob, sa gallériste anversoise. L’Euterpia, restaurant sis dans une magnifique maison près de la Cogels Osylei était leur lieu de prédilection. Une amitié s’installa tout naturellement entre Marc Tombeur, le propriétaire du restaurant et Haring. A tel point que Haring offrait un dessin à Tombeur. Depuis lors, ce dessin est posé sur les bouteilles de « vin maison ». C’est pour nous un immense honneur que le restaurant ait sélectionné un de nos vins pour porter cette étiquette emblématique.

PARADOXES ET EXCEPTIONS

Quand on examine les étiquettes et les oeuvres de plus près, on remarque que le mouton est souvent (mais pas toujours) dessiné. Pourtant le “Mouton” dans Mouton Rothschild n’a rien à voir avec l’animal. Mouton provient du mot gascon “mothon” qui signifie parcelle.

Le domaine insère une pause d’un millésime en 1953. Un blason du Baron Nathaniël de Rothschild était alors utilisé pour célébrer les 100 ans du domaine. 50 ans plus tard,  le Baron Nathaniël ornera une fois de plus l’étiquette.

Une oeuvre de Kandinsky était utilisée en 1971 alors que l’artiste est décédé en 1944! La fille du peintre a voulu lui faire honneur en offrant une oeuvre inédite de son père au domaine. Paloma Picasso l’a fait aussi en 1973 pour orner le millésime qui correspond à l’année de décès de son père. Enfin, en 2004, c’est un dessin du Prince Charles de Galles qui est utilisé pour célébrer les 100 ans de l’Entente Cordiale.

L’étiquette de 1993, un nu du peintre Balthus, était défendue aux Etats-Unis forts puritains. On se souviendra que Bill Clinton était président à cette époque. Le domaine a demandé au peintre de créer une deuxième oeuvre pour ce marché.

Bon à savoir: les artistes sont rémunérés. Chacun reçoit une bouteille de 2 millésimes de leur choix.

LE CAS ORNELLAIA

Ornellaia a suivi la voie de l’art depuis le millésime 2008.

L’idée est un peu différente. Au lieu de laisser le libre choix à l’artiste, c’est le régisseur du domaine qui propose à l’artiste un (1) mot qui décrit le millésime. C’est à l’artiste de travailler autour de ce mot. Le domaine a conçu un nom pour définir cette symbiose entre vin, régisseur et artiste; Vendemmia d’Artista. « l’Eleganza » fut le mot pour décrire le 2013. L’artiste Yutaka Sone a conçu 8 oeuvres autour de ce mot.

Ornellaia 2013

l’Eleganza

Le domaine essaie aussi de rendre une juste contribution au monde artistique. En effet, les bouteilles ornées d’une oeuvre de l’artiste sont vendues aux enchères. Le produit de ces enchères sont versées dans différentes fondations au profit des artistes. Ainsi, depuis 2008, c’est 1,7 Mio USD qui ont été versés à des fondations et musées du monde entier.

ET LES AUTRES?

Certaines fois, l’art sur la bouteille a un contact très direct. Ainsi, Mouton (de nouveau) a intégré une oeuvre représentant le « Augsburg Ram » pour le millésime 2000.

Néanmoins, Mouton n’est pas très novateur. L’impression sur bouteille est pratiquée depuis un siècle déjà par Perrier Jouët. Ce champenois orne ses bouteilles millésimées « Belle Epoque » avec des anémones conçues par l’artiste Emile Gallé. Les 100 ans de la cuvée sont fêtés en créant une édition très limitée, sur base d’une conception par le botaniste japonais Makoto Azuma. Le résultat est splendide. La différence entre le dessin d’origine et le dessin éphémère est palpable sans pour autant trahir l’original. Un bon prétexte aussi pour vendre cette édition limitée encore plus cher!

Belle Epoque - Makoto Azuma

Makoto Azuma au travail

D’autres marques encore ont trouvé le chemin de l’art pour se différencier de leurs concurrents. Le cas le plus connu est celui du producteur australien Yellow Tail. Ce producteur élabore des vins corrects, sans beaucoup plus, mais il arrive à se distinguer par des couleurs très vives. Un jaune très profond, un wallaby stylisé… il ne fallait pas plus pour que Yellow Tail se hisse dans le peloton de tête des marques de vin vendues aux Etats-Unis. Cette technique leur à permis de passer de 0 à 90 Mio de bouteilles vendues par an en un peu plus de 10 ans.

L’art fait vendre… du vin entre autres!

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